Le 17 avril 1959, la caravelle prend son premier son envol. Afin de marquer l’évènement, on invite de nombreuses personnalités, dont Sacha Distel, qui enregistre un disque dans la carlingue, pendant le vol (!). Et cela, non seulement pour que ce premier vol soit mémorable, mais également pour prouver que la caravelle est pratiquement insonore. Du moins, pour les passagers. Après le décollage, et alors que l’avion est à « la verticale de Deauville », le commandant Lessieur donne le signal à Distel – et ce dernier commença à jouer. Le chanteur de jazz interprètera d’abord le morceau de jazz manouche très à propos, Nuages, de Django Reinhardt. Puis, avant l’atterrissage, Distel jouera également Oh ! Quelle nuit, une traduction française du hit de Don Gibson Lonesome me.
Sacha Distel – Oh ! Quelle nuit !
Pour la petite histoire, mon oncle Jacques était à bord de ce vol initial. Il rapporta à ma famille, ainsi qu’à mon père alors en bas-âge, des 45 tours fraîchement pressés ainsi que des modèles réduits de caravelle. Décédé depuis peu, mon oncle erre peut-être ça et là, dans ces mêmes nuages…
À la fin des années 70, Gainsbourg s’acoquine d’un nouveau genre de musique propre à la Jamaïque, le reggae. Après sa première tentative Marilou reggae, sorti sur l’album-concept L’homme à tête de chou, il décide d’enregistrer un disque complet dans le style musical de Bob Marley. Et, pour se faire, Gainsbourg traverse l’Atlantique et se rend à Kingston, capitale du reggae, en compagnie de son manager Philippe Lerichomme. Collaborant avec les Sly Dunbar et Robbie Shakespeare, l’homme à tête de chou aura également à son service les I Threes, choristes des Wailers! Ce nouvel opus se démarquera surtout par sa chanson au titre éponyme : Aux armes etc.
Serge Gainsbourg – Aux armes et caetera
Évidemment, une Marseillaise à beanie et dreadlocks n’allait pas plaire à tout le monde et cela se fait sentir quelques mois après la sortie de l’album. Michel Droit, journaliste au Figaro, s’insurge contre l’artiste et le fustige de « propager l’antisémitisme » à cause de sa désacralisation du chant républicain. Gainsbourg lui répondra dans un article intitulé On n’a pas le con d’être aussi Droit, dont le passage le plus fin consiste en une allégorie mêlant « l’étoile des braves » (nom pour la croix de la légion d’honneur que Droit avait reçu) et « l’étoile jaune », que Gainsbourg avait dû porter lors de l’Occupation.
Le 4 janvier 1980, alors que Serge Gainsbourg doit se produire à Strasbourg, des parachutistes interrompent l’évènement… La tension monte, que va-t-il se passer ? C’est alors que Gainsbourg s’affiche à la fenêtre, micro en main, et déclare : « Je suis un insoumis qui a redonné à la Marseillaise son sens initial! ». Non content de simplement fustiger les paras présents, il entonnera l’hymne national français, point levé, avant de terminer par un bras d’honneur, bien ressenti, aux militaires.
En décembre 1981, Gainsbourg ira même jusqu’à faire l’acquisition d’un des deux manuscrits de Rouget de l’Isle pour 135 000 Francs. Fait surprenant, l’auteur de la Marseillaise avait lui-même utilisé la formule « Aux armes, citoyens! etc » afin de ne pas avoir à réécrire le refrain entre chaque strophe…
Mais, cette Marseillaise à la sauce jamaïcaine, est-elle si scandaleuse qu’on le prétend ? Le 7 juin 1985, alors que Serge Gainsbourg est l’invité d’honneur de l’émission « le Jeu de la Vérité », animé par Patrick Sabatier, une auditrice le prend à parti, en l’accusant d’avoir ridiculisé l’hymne national français. Le chanteur non seulement fera allusion aux similitudes de son texte et de l’original, mais attirera également l’attention sur l’existence de versions antérieures différentes, qui n’avaient pas choqué à l’époque comme lareprise jazz manouchede Django Reinhardt. Mentionnons également au passage que les premières notes sont jouées au début de All you need is love des Beatles… et que le premier détournement de la Marseillaise date de 1792, c’est-à-dire de la même année que l’hymne fut composé!
1979 – Aux armes et caetera : Javanaise remake/Aux armes et caetera/Les locataires/Des laids des laids/Brigade des stups/Vieille canaille/Lola Rastaquouère/Relax baby be cool/Daisy Temple/Eau et gaz à tous les étages/Pas long feu/Marilou reggae dub
Sources
ANDERSON, D. Serge Gainsbourg’s Histoire de Melody Nelson. Sine loco : A&C Black, 2013, p. 86-87, 108.
DESMONS, E. et PAVEAU, M-A. Outrages, insultes, blasphèmes et injures : Violences du langage et polices du discours. Paris : L’Harmattan, 2008, p. 117-120.
GUESPIN, P. Aux armes et caetera : La chanson comme expression populaire et relais démocratique depuis les années 50. Paris : L’Harmattan, 2011.