Vice-versa pour le mois de l’histoire des Noirs

Le mois de l’histoire des Noirs puise ses origines aux États-Unis, lorsque le docteur Carter G. Woodson a réussi à implanter ce qui devait être à l’origine le « Negro History Week » en février 1926. Il avait alors choisi ce mois car Frederick Douglass (abolitionniste dont je recommande le récit autobiographique) et Abraham Lincoln sont tous les deux nés au mois de février. En 1976, soit cinquante ans plus tard, la semaine devenait un mois complet : le « Black History Month » était né ! Depuis, cet évènement est célébré aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni et retrace les apports historiques et culturels des communautés noires dans le monde. 

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Crédit: Henri Manuel

Joséphine Baker est sans contredit une des premières vedettes noires du monde. Née à St-Louis, au Missouri, la future star arrive à Paris en 1925 et fait partie d’une troupe de vaudeville afro-américaine appelée La Revue Nègre. Avec sa routine de « danse sauvage », portant paillettes et bananes et répondant aux fantasmes coloniaux les plus outrageants, Baker monte en tête d’affiche et devient un des grands noms du music-hall français. En décembre 1932, elle crée une composition au Casino de Paris signée L. Falk, H. Varna et R. Lelièvre intitulée Si j’étais Blanche. Pour interpréter la chanson de façon plus « convaincante », Baker porte une perruque blonde et pâlit sa peau à l’aide de lait et de jus de citron. Cependant, plusieurs critiques dont Nancy Cunard n’apprécient pas le « white face » qu’exhibe la star étasunienne, allant a contrario de son personnage exotique.  

Joséphine Baker – Si j’étais blanche

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En 1966, l’excentrique Nino Ferrer gravera sur disque un ode aux jazzmen qu’il admire dans la composition Je veux être Noir. Mentionnant les musiciens Wilson Pickett, James Brown, Ray Charles et B. B. King, le chanteur yéyé ne tient pas seulement à leur rendre hommage. En effet, au début du deuxième couplet, il fustige Orval Faubus, qui s’opposa vivement à la déségrégation des écoles dans le sud des États-Unis. Chanson considérée loufoque et amusante, Ferrer s’en sert surtout pour se distancier de certains Blancs, racistes ceux-là :

Mais je me sens très souvent très très embarrassé
Par la couleur de ma peau qui me démoralise un p’tit peu

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Paroles

Joséphine Baker – Si j’étais Blanche

Nino Ferrer – Je veux être Noir

Sources

JULES-ROSETTE, B. Josephine Baker in art and life: The icon and the image. Sine loco: University of Illinois Press, 2007, p. 2, 63-65.

MOIS DE L’HISTOIRE DES NOIRS [http://moishistoiredesnoirs.com/a-propos/origine-mois-histoire-des-noirs/] Consulté le 28 février 2015.

Remerciements

L’utilisateur Youtube DJAVU1975 pour la vidéo de Nino Ferrer.

Avez-vous vu Mirza ? Oui, elle est au hit-parade !

Nino Ferrer, grand amateur de jazz, débutait dans la chanson en 1959, en tant que contre-bassiste pour les Dixie Cats. Cependant, ce n’est qu’en 1965 qu’il atteindra la notoriété, et cela, d’une façon peu ordinaire. Le musicien d’origine italienne décide de composer un morceau qui va en contre-sens à la vague yé-yé, une chanson sur une chienne dénommée Mirza.Eddy Barclay, alors qu’il se trouvait un soir au Bilboquet, entendit Nino entonner cette chanson fort rigolote. Convaincu, il lui offrit un contrat et la chanson devint un hit. Si l’inspiration d’une chanson est souvent difficile à à savoir, cette goualante de Ferrer a cependant une histoire réelle. Inspirée par une chienne qu’aurait recueillie ses parents – et surnommée Lassie – le nom Mirza, lui, serait venu de l’oeuvre d’Hergé. Comme quoi le 9e art peut être une source inestimables pour les chanteurs et chanteuses à la recherche d’idées ! À ce propos, cela me rappelle un certain employé n’ouvrant jamais le courrier, même si c’est son travail. Vous savez, il s’appelle Gaston et répond encore moins au téléfon…

Mirza dans Tintin en Amérique

Mirza Le secret de la licorne

Reprises

Mirza sera chantée l’année suivante, en 1966, par les groupes pratiquement inconnus qui suivent : Bad Stone, Les Kems, ainsi que Les Soliloquys. La chanson sera également réutilisée dans les années 80, par Christie (alias Nina Morato) pour un 45 tours, avec deux autres titres de Ferrer : Oh Hé Hein Bon et Le téléfon.

Clin d’oeil

La première parodie ne se fit pas attendre et nous la devons à une chanteuse qui a aujourd’hui un peu sombré dans l’oubli : Suzanne Gabriello, la fille de l’acteur et parolier Gabriello. Sur la même musique pratiquement note pour note, Mirza est détournée au profit de Z’avez pas lu Kafka ? . Et si cela n’était pas assez évident pour les auditeurs, elle rajoute des Nino un peu partout pour marteler le fait qu’il s’agisse d’une parodie. Malheureusement, ce n’est pas une des plus réussies pour Suzanne G., car elle n’est pas toujours sur la note… Avant de faire la leçon aux autres, il faut être sûr de viser juste soi-même ! 

Suzanne Gabriello – Z’avez pas lu Kafka

 

Jacques Brel 67 L’humour de Nino Ferrer sembla contagieux et, s’il avait emprunté à un Belge le nom Mirza, ce n’était que justice si un autre citoyen du plat pays devrait le réutiliser. Il s’agit ici du grand Jacques qui, dans sa chanson tragicomique À jeun, invoque les malheurs d’un veuf tout récent. Alors, que le narrateur décrit tous ceux qui sont présents aux funérailles (beau-maman, belle-papa – ce qui indique son état d’esprit), il lâche un soudain « Z’avez pas vu Mirza« , certainement déplacé et absurde, mais qui ajoute de l’humour à la chanson. D’ailleurs, À jeun a été composée en 1967, peu de temps à peine après Mirza, et les auditeurs de l’époque ont dû relever la référence.    

Jacques Brel – À jeun

Paroles

Nino Ferrer – Mirza

Suzanne Gabriello – Z’avez pas lu Kafka ?

Jacques Brel – À jeun

Discographie

Pour Nino Ferrer

1965 – 45 tours EP : Mirza/Les cornichons/Il me faudra… Natacha/Ma vie pour rien

Pour Suzanne Gabriello

1966 – 45 tours SP : Les jolies colonies de la France/Votez hein bon !/Mon permis au mois d’août/Z’avez pas lu Kafka

Pour Jacques Brel

1967 – Jacques Brel 67 : Mon enfance/Le cheval/Mon père disait/La la la/Les coeurs tendres/Fils de …/Les bonbons 67/La chanson des vieux amants/À jeun/Le gaz

Sources

  • ENCYCLOPÉDISQUE [www.encyclopedisque.fr] Consulté le 25 janvier 2014.
  • HERGÉ. Tintin en Amérique. Tournai : Casterman, 1983, p. 45.
  • HERGÉ. Le secret de la licorne. Tournai : Casterman, 1974, p. 8.
  • PESSIS, J. Chronique des années yéyé. Sine loco : Éds. Chronique, 2013.