Manureva – Une collaboration houleuse entre Chamfort et Gainsbourg

En 1979, alors que la France (et le monde) surfe sur la vague disco, Alain Chamfort vient tout juste de composer avec Jean-Noël Chaleat la musique de son prochain album, Poses. Sûr de son coup, le jeune chanteur confie les paroles à Serge Gainsbourg, qui venait tout juste de lancer son album reggae Aux Armes Etcetera. Gainsbarre profite cependant de son voyage à Los Angeles, où il est parti rejoindre Chamfort, pour s’amuser au lieu de travailler sur les textes qu’il doit écrire. Le résultat est pour le moins peu probant : Adieu California, chanson qui ressemble beaucoup à une version édulcorée de Sea, Sex and Sun, avec du name dropping pas très imaginatif et un thème quelque peu démodé. Peu convaincu, le chanteur enregistre quand même le morceau.

Mais Chamfort fait connaître son mécontentement à l’homme à tête de chou et celui-ci rechigne à écrire de nouvelles paroles. Après tout, le parolier avait rempli sa part du contrat, bien que de façon un peu bâclée. Cependant, lors d’un dîner avec sa belle Jane et Eugène Riguidel, Gainsbourg renoue avec les Muses qui l’avaient brièvement délaissé. En effet, inspiré par le naufrage d’Alain Colas l’année d’avant, le beau Serge écrira comme un déchaîné pendant toute la nuit. À 4 heures du matin, il téléphone à Chamfort et lui fredonne les premiers mots : Manu, Manureva

Cette photo provient du site http://www.alain-colas.com

Le navigateur Alain Colas avait remporté ses premiers succès navals aux abords du trimaran Pen-Duick IV, qui sera rebaptisé Manureva – oiseau du firmament en maori – au début des années 70. Le 5 novembre 1978, le téméraire skipper s’embarque pour la Route du Rhum qui sera, malheureusement pour lui, sa dernière course. Le 14 novembre, alors que le Manureva vogue au loin des Açores, une dépression cyclonique violente sillonne les mêmes eaux qu’il s’apprête à traverser. Colas émet sa dernière retransmission radio deux jours plus tard et disparaît à jamais, sans laisser de traces matérielles. Des avions de patrouille seront dépêchés sur les lieux et tenteront en vain de localiser l’appareil et son passager. Un message de Colas sera capté le 3 décembre par un radio amateur aux États-Unis, plus tard authentifié par la marine nationale. Ce fut également ses dernières paroles.  

« Ici Manureva, suis en difficultés. Demande assistance »

Crédit: Benoît Prieur (Agamitsudo) – CC-BY-SA

Paroles

Alain Chamfort – Manureva

Sources

Les sacrés monstres en chanson – Frankenstein

Crédit: Charles D. Hall

Désirant créer un être humain de toutes pièces, le docteur Victor Frankenstein rapièce sans scrupules différents cadavres de criminels exécutés à cette fin. La création est cependant loin d’être à la hauteur du docteur et, loin du proverbial pygmalion, le docteur la rejette presque aussitôt. La pauvre créature erre se laissant choir dans un désespoir et une démence qui l’amèneront bien vite au meurtre… Imaginé par Mary Shelley au 19e siècle, le « Prométhée moderne » est aujourd’hui une des figures incontournables de l’épouvante classique, et s’est taillé au fil des ans une place de choix – entre Dracula et le Loup-Garou – au panthéon de l’horreur. Mais le monstre de Frankenstein ne s’est pas confiné qu’aux annales de la littérature. Le personnage de Shelley s’est en effet illustré au cinéma – premièrement en 1910 – mais c’est surtout l’interprétation de Boris Karloff dans le film éponyme de 1931 qui marquera les esprits.

Dans le domaine de la chanson, c’est un autre Boris, Vian celui-là, qui créera un morceau intitulé tout simplement Frankenstein, dans lequel il met en scène le monstre de façon plutôt farfelue – imaginant un duo à la guitare et au biniou avec le Prométhée moderne et en lui attribuant un « grand ami » appartenant aussi au domaine de la nuit qui n’est autre que la création de Souvestre et Allain, Fantômas ! Il existe au moins deux versions de cette chanson, l’une interprétée par Louis Massis, et l’autre par Roland Gerbeau. Si les deux artistes restent assez fidèles au texte – poussant même des grognements associés au monstre – Massis improvise une conversation entre un chanteur et sa principale choriste (lui-même, avec une voix fluette) qui se termine par un assassinat au verre d’eau empoisonné, ajoutant encore plus au macabre.

Louis Massis – Frankenstein

Roland Gerbeau – Frankenstein


Clin d’oeil

Boule et Bill - Frankenstein

Dans un de ses albums de Boule et Bill, Roba utilise la chanson pour un gag. Afin d’agrandir sa collection de timbres, Boule a lâché un ballon de baudruche auquel il avait accroché une carte postale – qui portait son adresse et qui devait lui être retournée par voie postale. Malheureusement, le ballon se dirige tout droit sur l’aiguille d’un boxeur poids lourd reprisant ses chaussettes et CLAC ! Pour mettre le pugiliste dans un état d’esprit encore plus propice à la frayeur, Roba lui fait écouter avidement la chanson Frankenstein…

D’autres versions

Au début des années 60, une des enfants terribles du rock n’ roll français interprète à sa façon une chanson à propos du Prométhée moderne. En effet, Nicole Paquin chante une version en français du morceau You can get him, Frankenstein, de Phil Spector et Ahmet Ertegun. Sous le nouveau titre de Mon mari, c’est Frankenstein, la sulfureuse chanteuse clame adorer son hypothétique mari, pourtant qui a tout du croquemitaine…

Le 23 mai 1972, France Gall sort un nouveau 45 tours – une mixture signée Serge Gainsbourg – qui aura pour la Face A une chanson intitulée Frankenstein. Dans cette version-ci, il y a clairement des allusions au film de 1931, dont les écrous qu’il a au cou, de même que la fiancée qu’il a étranglée…

Paroles

France Gall – Frankenstein

Roland Gerbeau – Frankenstein

Louis Massis – Frankenstein

Nicole Paquin – Mon mari, c’est Frankenstein

Sources

GAINSBOURG, S., BOUVIER, Y. F. et VINCENDET, S. L’intégrale et caetera. Bartillat, 2005, p. 448-449. 

ROBA. 60 Gags de Boule et Bill. Dupuis, 1977, p. 16.

Monsieur William – Une collaboration signée Caussimon-Ferré

En 1947, Jean-Roger Caussimon sirote un verre bien tranquillement accoudé au zinc du Lapin agile. Il venait de déclamer sur scène quelques uns de ses poèmes, lorsqu’un jeune homme à binocles s’approche de lui. L’inconnu, tout de noir vêtu, lui propose de mettre en musique une des créations de Caussimon, À la Seine. Le poète accepte volontiers, sans savoir qu’il vient de confier un de ses enfants nul autre que… Léo Ferré. Cette collaboration, et chaude amitié, durera presque quatre décennies ; si seulement toutes les relations débutées dans un bar pouvait durer aussi longtemps ! 

Ce ne fut là que le début du tandem Caussimon-Ferré, dont la fructueuse collaboration compte également dans ses rangs la mise en musique de Mon Camarade, Nous deux, Mon Sébasto, Comme à Ostende… Certains textes plaisent et inspirent immédiatement Ferré, comme Ne chantez pas la mort, qu’il met en musique et chante à l’Olympia quelques jours à peine après réception du texte. D’autres textes, par contre, n’ont pas plu du tout au poète monégasque, tel que Le temps du tango, qui a bien failli finir aux oubliettes… Fort heureusement que la douce moitié de Léo Ferré saura le persuader. En 1953, une autre goualante voit le jour sous les doigts du poète sans Dieu ni maître : il s’agit de Monsieur William, un employé « modèle » trouvant la mort lors d’un différend au sujet d’une femme de petite vertu…

Monsieur William (1953)

Monsieur William, version dépouillée de l’Olympia (1955)

***

Reprise

Cependant, ce ne sera pas Léo Ferré lui-même qui créera le morceau ; cet honneur reviendra au duo très méconnu aujourd’hui Marc et André, composé de Marc Chevalier et d’André Schlesser. Puis, Monsieur William sera repris par plusieurs autres, allant des Frères Jacques jusqu’à Philippe Léotard, en passant par l’auteur originel ; endisquant son premier 33 tours à l’aube de la cinquantaine, Caussimon chantera Monsieur William à son tour.

Les Frères Jacques – Monsieur William

Philippe Léotard – Monsieur William

Jean-Roger Caussimon – Monsieur William

Reprise en vidéo

Le 5 juin 1961, Philippe Clay chantera la goualante devant caméra, en se laissant aller à une pantomime digne de Valentin le désossé. L’interprétation de Clay donne à Monsieur William une dimension grave, bien plus encore que Ferré, étant beaucoup plus près du slam moderne que de la chanson de cabaret. En extra, il faut remarquer qu’une partie du décor rappelle les gratte-ciels de New York, clin d’oeil à l’origine de l’employé modèle.

Pianiste de cabaret, l’homme à tête de chou a longtemps eu à son répertoire Monsieur William et décida en 1968 d’y faire une version plus moderne. Dans celle-ci, beaucoup plus rythmée et enjouée, les coeurs sont constitués de femmes à l’accent angliche, une interprétation peut-être plus sourcière pour rappeler les origines de Monsieur William. Cette version devait faire partie d’un projet que caressait – sûrement lubriquement – Gainsbourg : un album de reprises où devait également figurer La complainte de la butte et Comme un p’tit coquelicot… 

Paroles

Jean-Roger Caussimon – Monsieur William

Philippe Clay – Monsieur William

Léo Ferré – Monsieur William

Serge Gainsbourg – Monsieur William

Philippe Léotard – Monsieur William

Les Frères Jacques – Monsieur William

Discographie

Pour Léo Ferré

1953 – 33 tours LP : Monsieur William/La Chambre/Vitrines/Le Pont Mirabeau/Judas/Notre amour/…Et des clous/Les Cloches de Notre-Dame/Paris canaille

1958 – 45 tours LP : Paris-canaille/Monsieur William/L’homme/Le piano du pauvre

Pour Les Frères Jacques

1953 – 78 tours SP : Barbarie/Monsieur William

195? – 33 tours LP : Le Saint-Médard/Jour de colère/Page d’écriture/Complainte mécanique/La queue du chat/Monsieur William/Petite fable sans morgue

Pour Marc et André

1958 – 45 tours EP : L’Île Saint-Louis/Le chemin des oliviers/Le voilier l’Espérance/Monsieur William 

Sources

  • AUDIGIER, A. Les compagnons pianistes. Paris : L’Harmattan, 2010, p. 38.
  • PEREY, I. C. 120 chansons que l’on fredonne : Petites histoires et anecdotes. Paris : Éditions Didier Carpentier, 2008, p. 93-94.
  • VERLANT, G. Gainsbourg. Paris : Albin Michel, 2000, p. 31 & 117.
  • ENCYCLOPÉDISQUE [www.encyclopedisque.fr] Consulté le 15 juin 2014.

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Gainsbourg et la muse érotique – Je t’aime moi non plus

Depuis qu’il a retourné sa veste – car elle était doublée de vison, ajoutait-il goguenard – Gainsbourg a enfin trouvé le succès pop en 1965. Et cela, grâce à une jeune femme, France Gall. Cette formule, bien que habituelle chez les paroliers/compositeurs (ce fut le cas pour Charles Aznavour et d’autres), réussira particulièrement bien pour l’homme à tête de chou. Au début des années 60, l’alter ego d’Evguénie Sokolov offre des compositions à une jeune Brigitte Bardot, alors véritable sex-symbol depuis Et Dieu…créa la femme. Profitant du charme de B.B., Gainsbourg lui écrit certains morceaux comme L’appareil à sous, Bubble Gum ou encore Je me donne à qui me plaît…

Brigitte Bardot – L’appareil à sous

Brigitte Bardot – Je me donne à qui me plaît

Cependant, c’est en 1967 que la collaboration se révèle fructueuse ; une idylle passionnée naît entre les deux. Curieuses amours! Alors que B.B. est l’image même de la volupté et de la sensualité, Gainsbourg a quant à lui un physique ingrat dont les médias adorent se moquer. Et pourtant, la belle et la bête sont bel et bien épris l’un de l’autre! Mais Vénus est éphémère pour ceux qui la croient éternelle… Après un trouble de comportement, Gainsbourg est réprimandé par la Bardot. Elle lui demande en guise de réparation la plus belle chanson d’amour. Le pianiste, ayant quelques jours plus tôt assisté à une projection du film Bonnie & Clyde de Warren Beatty, commence à songer à sa dette amoureuse. La même nuit, il compose Bonnie and Clyde, qui sera créé pendant le Brigitte Bardot Show lors du jour de l’an 1968.

Ce ne sera pas la seule chanson que Gainsbourg désire offrir à sa muse ; il a également écrit une chanson beaucoup plus sulfureuse et corrosive sur une musique composée pour Les Coeurs verts dÉdouard Luntz. Le résultat ? Je t’aime, moi non plus. L’homme à tête de chou aurait été inspiré d’une citation de Salvador Dali :

Picasso est Espagnol, moi aussi
Picasso est un génie, moi aussi
Picasso est communiste…moi non plus !

La sortie du 45 tours est prévue pour le 25 décembre, tout un cadeau de Noël de la part de Serge et Brigitte! Mais, ayant épousé Gunter Sachs, la plantureuse blonde exige que la chanson n’aboutisse pas dans les bacs – de peur que son mari fraîchement épousé ne paraisse cocufié ! Gainsbourg enferme la maquette dans son coffre-fort. Que va-t-il arriver de sa chanson?

Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot – Je t’aime moi non plus

***

Je t’aime, deuxième partie

C’est en 1968, au mois de mai, que Serge fait une rencontre sur le plateau de tournage du film Slogan de Pierre Grimblat. Il s’agit de Jane Birkin, ex-compagne du compositeur John Barry. Mais le Français se montre distant et hautain devant la jeune Anglaise. L’ambiance orageuse qui en découle est fort déplaisant ; Grimblat les invite tous deux au restaurant puis se décommande. Alors qu’ils sont en tête-à-tête, l’amour pointe le bout de sa flèche et shebam, pow, blop, wizz.. Se métamorphosant en moderne Pygmalion, Gainsbourg prendra la jeune Anglaise sous son aile (et bien d’autres choses !). Il décide de lui faire enregistrer la chanson qu’il avait écrite pour B.B. pour un 33 tours qui s’intitulera de façon peu originale Jane Birkin – Serge Gainsbourg.

Album Jane Birkin et Serge Gainsbourg

Parsemée de gémissements rappelant l’orgasme, la chanson fait scandale à l’époque. Censurée par la BBC, la goualante sera mise à l’index par le Vatican et Jean XXIII ! Mais comme toute chose interdite, elle ne fait qu’attiser l’intérêt des auditeurs : la France, l’Allemagne, l’Italie, la Scandinavie de même que certains pays sud-américains se l’arrachent! Les journalistes et autres médisants ont longtemps spéculé que le couple avait bel et bien fait l’amour en studio ; cela sera démenti par le principal intéressé par une boutade particulièrement gainsbourgienne. L’homme à tête de chou avait soutenu que la chanson n’aurait pas été aussi longue si elle avait eu la même durée qu’une relation sexuelle…  

Serge Gainsbourg et Jane Birkin – Je t’aime moi non plus

Clin d’oeil

La chanson fait tellement parler d’elle que les parodies foisonnent. Parmi celles-ci, retenons au passage « Ça« , interprétée par Bourvil et Jacqueline Maillan. Le couple, s’appelant Serge et Jane respectivement, dialogue au son de l’orgue comme deux retraités devant la télévision. Exit le torride, entre le tout ridé… 

Bourvil et Jacqueline Maillan – Ça

En 1974, lors d’un spécial à la télévision, Jane Birkin interprète à nouveau la sulfureuse chanson en compagnie d’un autre partenaire… nul autre que le Monocle, Paul Meurisse ! Fidèle à lui-même, l’acteur de Dunkerque balbutie des paroles incohérentes avec un ton grave et solennel, provocant ainsi le rire des téléspectateurs.

***

Je t’aime, suite et fin

Si le premier succès était dû à la candeur de Gall, le deuxième le devînt grâce à la sensualité de Birkin… Ce ne fut là bien sûr pas la seule chanson osée que Gainsbourg fit chanter à Jane ; il faut également penser à La Décadanse ou encore Sex-shop. Leur amour engendra une petite fille, prénommée Charlotte, qui aura une carrière fulgurante dans la chanson et le cinéma, combinant les forces de ses deux parents. Malheureusement pour Gainsbourg, l’union avec Birkin ne durera pas – avec la nouvelle décennie 80 s’amorce aussi la fin de son couple avec la dame Jane…

« Vieux con ! », « Boudin ! ». Voilà les premiers mots qu’échangèrent Gainsbarre et Bambou lors d’une rencontre. Mais, tout comme avec Jane, l’animosité ne fut que passagère et bientôt Serge et Caroline devinrent un couple. Gainsbourg, en mal d’amour, allait éponger son chagrin de Jane comme un Tarzan de pacotille aux bras de Bambou. Et qui dit nouveau couple, dit nouvelle chanson d’amour. L’alter ego d’Evguénie Sokolov créa pour sa compagne une goualante qu’il avait lui-même consacrée : « Je t’aime moi non plus puissance 1000″ ! C’était à propos du nouveau titre de son album éponyme Love on the beat. Dans une chanson stimulant la torture sexuelle, on peut entendre Bambou crier et geindre – une prestation digne des rêves les plus torrides du marquis de Sade lui-même!

Serge Gainsbourg – Love on the beat

En 1986, Bardot donnera son accord pour que la chanson originale puisse enfin être entendu par le public ; il est évident que presque vingt ans plus tard, Je t’aime moi non plus avait perdu son mordant initial. Et si l’on aime la chanson ou non, il faut avouer que cet amour tantôt dévoué à Bardot, Birkin ou Bambou aura permis à Serge Gainsbourg de se faire connaître… lui non plus !

Paroles

Brigitte Bardot – Bubble gum
Brigitte Bardot – L’appareil à sous
Brigitte Bardot – Je me donne à qui me plaît
Brigitte Bardot/Serge Gainsbourg – Bonnie and Clyde
Brigitte Bardot/Serge Gainsbourg – Je t’aime moi non plus

Jane Birkin/Paul Meurisse – Je t’aime moi non plus
Jane Birkin/Serge Gainsbourg – Je t’aime moi non plus
Jane Birkin/Serge Gainsbourg – La Décadanse

Bourvil/Jacqueline Maillan – Ça (Je t’aime moi non plus)

Serge Gainsbourg – Love on the beat
Serge Gainsbourg – Sex-shop

Discographie

Pour Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot

1986 – 45 tours : Je t’aime moi non plus/Bonnie and Clyde

Pour Serge Gainsbourg et Jane Birkin

1969 – 45 tours SP : Je t’aime moi non plus/69, année érotique

197? – 45 tours SP : Je t’aime moi non plus/Jane B. [Belgique]

1974 – 45 tours SP : Je t’aime moi non plus/La Décadanse

1975 – 45 tours SP : Je t’aime moi non plus/La Décadanse [Japon]

1976 – 45 tours SP : Je t’aime moi non plus/Jane B. [Belgique]

1990 – 45 tours SP : Je t’aime moi non plus/Jane B. [Royaume-Uni]

Pour Serge Gainsbourg

1984 – 33 tours : Love on the beat/Sorry Angel/Hmm Hmm Hmm/Kiss me hardy/No comment/I’m the boy/Harley David son of a bitch/Lemon Incest

1984 – 45 tours SP : Love on the beat/Sorry Angel [Japon]

Pour Bourvil

1969 – 33 tours : Ça (Je t’aime moi non plus)/Pouet Pouet/Ma p’tit’ chanson/Maurice/La mandoline/Mon village au clair de Lune/Pauvre Lola/C’est l’piston/Un clair de lune à Maubeuge/Un p’tit coup monsieur/Je voudrais être/C’était bien (au petit bal perdu)/Pour sûr/La dondon dodue

1969 – 45 tours SP :Ça (Je t’aime moi non plus)/Pauvre Lola

Sources

Remerciements

Merci à l’utilisateur GAINSBARRÉ24 pour le vidéo de Meurisse/Birkin.

Aller simple vers une carrière – Le poinçonneur des lilas


AttachmentImage.ashxÀ la fin des années 50, Lucien Ginsburg est accompagnateur au piano dans certains cabarets, comme le Milord l’Arsouille. Peintre de profession, c’est cependant grâce aux tintements des touches d’ivoire qu’il arrondit les fins de mois… Mais derrière ce timide pianiste se cache un ambitieux artiste qui ne demande qu’à éclore. Encouragé par le parolier Francis Claude, Gainsbourg se produit en public et crée alors Le poinçonneur des lilas. Fort de cette première étape, il sait désormais que son rêve est accessible et il vient d’en subir les premiers transports ; brûleront ainsi les toiles de Lucien pour produire les crépitements de Serge. En effet, non seulement abandonnait-il l’art graphique au profit des réjouissances d’Euterpe dans cette métamorphose, mais l’homme à tête de chou se rebaptisait « Serge Gainsbourg », car Lucien était selon lui un prénom qui faisait trop garçon coiffeur pour rombières à bagouzes.

Serge Gainsbourg – Le poinçonneur des lilas

 S’inspirant de la vie des poinçonneurs des stations de métro – remplacés par des tourniquets en notre ère moderne – Gainsbourg dépeint un tableau aussi sombre qu’un tunnel : l’ennui guette, mine et plombe notre pauvre employé des gares. Les pages du Reader’s Digest ne feront que lui présenter d’avantage un monde ensoleillé, loin du triste boulot quotidien. Et bientôt les petits trous lui suggèrent d’en faire un dernier, tout près de la tempe…

Si Gainsbourg a écrit et composé la chanson (grâce aux arrangements d’Alain Goraguer, il faut le souligner, qui sortira un disque intitulé Du Jazz à la Une en 1958 avec le morceau en version instrumentale), il ne sera cependant pas le premier à l’endisquer. Cet honneur revient aux Frères Jacques, dont la version précède de quelques semaines à peine celle de l’homme à tête de chou.

Les Frères Jacques – Le poinçonneur des lilas


Mais là ne s’arrête pas le palmarès qu’engendre cette première création : reprise par plusieurs autres à la même époque – dont
Jean-Claude Pascal et Philippe Clay – la goualante permettra à Hugues Aufray de décrocher le premier prix d’un concours organisé par Europe 1 ! Et comme si cela n’était pas suffisant, c’est son maître à penser, Boris Vian, qui l’encense dans un article du Canard Enchaîné, daté du 12 novembre 1958 : « Allez, lecteurs et auditeurs prêts à bailler CONTRE, contre les fausses chansons et les faux de la chanson, tirez deux sacs de vos fouilles et raquez au disquaire en lui demandant le Philips B76447R« . On peut également entendre Bourvil fredonner le refrain dans le film La Grosse Caisse d’Alex Joffé (1965) ; après tout, le comédien interprète, aux côtés de Paul Meurisse, un poinçonneur de la RATP…

Clin d’oeil

Mais Gainsbourg aime bien la dérision, si ce n’est également l’auto-dérision. Lors de l’émission Premier Avril, diffusée le 1er avril 1966, un présentateur (Jean Yanne, semble-t-il) nous informe qu’il y a du nouveau dans la vie du poinçonneur des lilas. Et en voici la preuve :


Mais là ne saurait s’arrêter la beauté de la chose, puisque des travaux récents à Paris vont permettre le rallongement de la ligne de métro actuelle. Et une des nouvelles stations aura pour nom Les Lilas – Serge Gainsbourg. Que pensez-vous que siffloteront les usagers du métropolitain en voyant le wagon s’approcher avec ses petites roues, ses petites roues, toujours ses petites roues…

Paroles

Serge Gainsbourg – Le fossoyeur du cimetière de Pacy-sur-Eure

Serge Gainsbourg – Le poinçonneur des lilas

Discographie

Pour Serge Gainsbourg

1958 – 45 tours EP : Le poinçonneur des lilas/Douze belles dans la peau/La femme des uns sous le corps des autres/Du jazz dans le ravin 

1958 – Du chant à la une! : Le poinçonneur des lilas/La recette de l’amour fou/Douze belles dans la peau/Ce mortel ennui/Ronsard 58/La femme des uns sous le corps des autres/L’alcool/Du jazz dans le ravin/Charleston des déménageurs de piano

Sources

  • BOUVIER, Y.F. et VINCENDET, S. L’intégrale et caetera. Paris : Bartillat, 2005, p. 267.
  • PEREY, I.C. 120 Chansons que l’on fredonne : Petites histoires & anecdotes. Paris : Éditions Didier Carpentier, 2008, p. 112-114.
  • ENCYCLOPÉDISQUE [www.encyclopédisque.fr] Consulté le 23 mai 2014.
  • NOUVEL OBS [http://leplus.nouvelobs.com/contribution/817012-une-station-de-ma-tro-serge-gainsbourg-la-musique-est-sur-la-bonne-voie.html] Consulté le 23 mai 2014.