Cuba et la France – Un soir à La Havane

 

Cuba, 1930La Havane. Ses plages au sable fin, ses palmiers verdoyants, des murs d’une blanche candeur où le son endiablé des guitares leur apporte les couleurs les plus vives des Caraïbes… Alors que des chansons françaises sur l’Algérie, l’Indochine et l’Afrique sub-saharienne existent déjà depuis le 19e siècle, il faudra attendre jusqu’à l’année 1931 pour que le premier morceau évoquant Cuba ne fasse surface. Sur un fond de « valse hawaïenne », le parolier Charles-Albert Abadie écrivit Un soir à La Havane ; mais celle-ci circulait également sous le titre Le petit Négro. Pour une primeur dans le répertoire francophone, la goualante n’est cependant pas très originale et recycle plusieurs clichés associés au genre colonial : une vie simple au village natal (« jouait dans sa cabane du banjo« ), le dépaysement lors de l’arrivée en France – la civilisation, le succès auprès des femmes blanches…

Fred Gouin et Berthe Sylva – Un soir à La Havane

Une première mouture du morceau condamnait l’amant éploré à se suicider après d’infructueuses amours ; une seconde version lui permettait cependant de se trouver dans les bonnes grâces de Cupidon ! Et le choix final revenait aux interprètes. Parmi les chanteurs de ladite chanson, citons Réda Caire, qui l’aurait créée, Charco, Max Trébor, Charlesky, Lona Dilva et Donalair, Mme Dambreval, Burger et Bersin, Brahmi et Scharska, France Martis, Pépa Bonafé, Nicolo, Esther Lekain, Jean Lumière, Fauvette, Jean Cyrano et Mirka Alma.

Pourtant, de tous ces chanteurs, il n’y aurait que Réda Caire (novembre 1932), le duo Burger et Bersin (1932), et Charco (1933) qui l’aurait fait graver sur disque. D’autres artistes, tels que Fred Gouin et Berthe Sylva (février 1933), Édith Méra (1932), Germaine Lambel (1933), Jean Sorbier et Jean Clément (1935) et enfin un peu plus tard, Aimé Doniat, (1962) auraient enregistré la goualante sur microsillon.

Clin d’oeil

Après l’interprétation d’Aimé Doniat, Un soir à La Havane aurait pu sombrer dans les affres de l’oubli si ce n’était de la chanteuse Enzo Enzo. Reprenant la chanson sur l’album « Chansons d’une maman » sorti en 2007, Corinne Ternovtseff conserve le rythme berçant et hawaïen de l’original tout en remplaçant  » le petit Négro » par « mon ami Pépino« . Il faut dire que non seulement le terme a considérablement mal vieilli (!), mais que l’album est de plus destiné aux enfants… 

Paroles

Fred Gouin et Berthe Sylva – Un soir à La Havane

Enzo Enzo – Un soir à La Havane

Sources

  • PÉNET, M. Mémoire de la chanson : 1200 chansons de 1920 à 1945. Lonrai : Omnibus, 2004, p. 589-590.
  • SENTAURENS, J.  » ‘La danseuse est créole’ ou ‘La rumba de Papa’ : Images de Cuba et de la musique cubaine diffusées par la chanson et la chanson-danse françaises, dans les années 1930-1950″ in Cuba et la France, Actes de Colloques de Bordeaux (décembre 1982), Bordeaux : Presses Universitaires de Bordeaux, 1983, p. 375-376. 
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