Sombre dimanche

Damia

Jour du repos, et par surcroît, du Seigneur, le dimanche devrait plaire à tous et chacun. Et pourtant, la chanson Sombre dimanche jetait sur le septième jour une tristesse et amertume profondes. Composée initialement en hongrois par Rezso Seress en 1933 (1), elle sera reprise et traduite par Jean Marèze et François-Eugène Gonda pour la chanteuse réaliste Damia en 1936 (2). L’histoire évoque les funérailles d’un homme – présumément mort prématurément – et de son amante languissant de chagrin au revenir de la cérémonie funéraire. L’image des bras chargés de fleurs – objet traditionnel offert aux femmes en guise de cadeau – est ici renversée de façon cruelle pour signifier les couronnes funéraires ; ce seront là les dernières fleurs qu’elle ne recevra jamais de son amant…


Selon une légende, nombreux furent ceux qui se suicidèrent après avoir simplement ouï la chanson ! Il y en eu tellement que Sombre dimanche fut renommée « chanson des suicides ». Ainsi, pour éviter l’hécatombe, la goualante devra être censurée un peu partout, dont la Hongrie, pays d’origine de Seress (3). Fait étrange des années 30, les suicides buccoliques étaient à la mode : on dénote plusieurs admiratrices des Rudolph Valentino (4) et Carlos Gardel (5) qui auraient succombé au supplice de Werther…

Reprise plusieurs fois, Sombre dimanche le sera par l’homme à tête de chou. En 1987, Serge Gainsbourg reprend la chanson des suicides sous le titre anglais de Gloomy Sunday, pour son album You’re under arrest – fasciné semble-t-il par la version de Billie Holiday qu’il aurait entendu en 1954 (6). Tout en conservant les paroles françaises, Gainsbourg retouche légèrement la goualante créée par Damia, près de cinquante ans après. Désirait-il réduire son nombre d’admirateurs ? Ou, plus vraisemblablement, par la reprise d’une chanson réputée pour son désespoir, anticipait-il son décès, alors tout proche ?


L’auteur original de la chanson, Rezso Seress, se suicidera lui-même quelque trente-cinq années après avoir été la cause, semble-t-il, de la même fin chez certains auditeurs. Il reste cependant à savoir si c’était un dimanche, un sombre dimanche…

Paroles

Damia – Sombre dimanche

Serge Gainsbourg – Gloomy Sunday

Sources

  • (1) WITCHEL, H. You are what You Hear: How Music and Territory Make Us who We are. Sine loco : Algora Publishing, 2010, p. 106.
  • (2) LIBRARY OF CONGRESS. Catalog of Copyright Entries: Musical compositions (partie 3). Washington : Government Printing Office, 1937, p. 660.
  • (3) COLEMAN, L. The Copycat Effect: How the Media and Popular Culture Trigger the Mayhem in Tomorrow’s Headlines. New York : Simon & Schuster, 2004, p. 182-183.
  • (4) FLOM, E. L. Silent Film Stars on the Stages of Seattle: A History of Performances by Hollywood Notables. Sine loco : McFarland, 2009, p. 185.
  • (5) COLLIER, S. The Life, Music, and Times of Carlos Gardel. Pittsburgh : University of Pittsburgh Press, 1986, p. 273-274.
  • (6) ANDERSON, D. Serge Gainsbourg’s Histoire de Melody Nelson 33 1/3. Sine loco : Bloomsbury Academic, 2013.

Liens utiles

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Une réponse à “Sombre dimanche

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